News

Édulcorants et cerveau : faut-il s'inquiéter ?

Guy Sydor 02/11/2026

Une étude brésilienne publiée dans la revue Neurology associe une forte consommation d'édulcorants à un déclin plus rapide de la mémoire et de la réflexion. Elle ne prouve pas que ces substituts abîment le cerveau, mais elle invite à repenser notre rapport au goût sucré.

Édulcorants et cerveau : faut-il s'inquiéter ?

Un soda « zéro » en fin d'après-midi, une sucrette dans le café, un yaourt « light » au dessert : pour beaucoup d'entre nous, remplacer le sucre par un édulcorant est devenu un réflexe de « bonne conduite ». Moins de calories, pas de pic de glycémie, la même saveur sucrée. Que demander de plus ?

Depuis quelques années pourtant, la recherche s'intéresse aux effets possibles de ces substituts sur le métabolisme, le microbiote intestinal et, désormais, le cerveau. Une étude publiée en 2025, revenue récemment dans l'actualité, a de quoi interpeller [1].

Déclin cognitif selon la consommation d'édulcorants Par rapport aux plus petits consommateurs, le déclin cognitif global était 35 % plus rapide chez les consommateurs intermédiaires et 62 % plus rapide chez les plus grands consommateurs. Vitesse du déclin cognitif global, selon la consommation d'édulcorants Comparaison avec le groupe qui en consomme le moins (référence) Faible (~20 mg/j) référence Moyenne +35 % (≈ 1,3 an) Élevée (~191 mg/j) +62 % (≈ 1,6 an)
Association observée sur huit ans chez 12 772 adultes brésiliens. Il s'agit d'un lien statistique, pas d'un effet démontré. Source : Gonçalves et al., Neurology, 2025 [1].

Ce que l'étude a observé chez plus de 12 000 adultes

L'équipe de Claudia Kimie Suemoto (Université de São Paulo) a suivi 12 772 adultes brésiliens, âgés en moyenne de 52 ans, pendant environ huit ans [1]. Au départ, les participants ont décrit leur alimentation de l'année écoulée à l'aide d'un questionnaire. Leur mémoire, leur langage et leur rapidité de réflexion ont été testés au début, au milieu et à la fin du suivi.

12 772 adultes suivis pendant environ 8 ans
+62 % de vitesse de déclin cognitif chez les plus grands consommateurs
≈ 1,6 an de vieillissement cérébral supplémentaire estimé

Sept édulcorants ont été étudiés : l'aspartame (E951), la saccharine (E954), l'acésulfame-K (E950), l'érythritol (E968), le xylitol (E967), le sorbitol (E420) et le tagatose, peu courant en Europe. On les retrouve dans les sodas « zéro », les chewing-gums, les desserts allégés, les confiseries « sans sucre » ou les sucrettes.

  • Les plus grands consommateurs (environ 191 mg par jour) ont connu un déclin cognitif global 62 % plus rapide que les plus petits consommateurs (environ 20 mg par jour).
  • Chez les consommateurs intermédiaires, ce déclin était 35 % plus rapide.
  • Six édulcorants sur sept étaient associés à ce déclin, surtout pour la mémoire. Le tagatose faisait exception.
  • Le lien était plus marqué avant 60 ans et chez les personnes diabétiques. Aucune association n'a été observée après 60 ans.

À titre de repère, 191 mg d'édulcorants par jour, c'est peu : l'ordre de grandeur d'une canette de soda « zéro » ou de quelques sucrettes.

Corrélation n'est pas causalité : ce que l'étude ne prouve pas

C'est l'autrice principale elle-même qui le souligne : l'étude montre une association, pas un lien de cause à effet [2]. On ne peut pas en conclure que les édulcorants abîment directement le cerveau.

Les limites de l'étude

Une étude observationnelle. Les chercheurs constatent que deux choses vont ensemble, sans pouvoir dire laquelle entraîne l'autre. Les grands consommateurs d'édulcorants peuvent différer des autres sur bien d'autres points (alimentation globale, poids, sommeil…), même si plusieurs facteurs ont été pris en compte.

Une alimentation déclarative. Se souvenir de ce qu'on a mangé pendant un an est difficile, et les erreurs sont fréquentes.

Tous les édulcorants n'ont pas été étudiés. Le sucralose ou la stévia, très répandus, ne faisaient pas partie de l'analyse.

Un contexte particulier. Les habitudes et les produits consommés au Brésil ne sont pas forcément ceux de la Belgique ou de la France.

Le cas du diabète. Les personnes diabétiques consomment davantage d'édulcorants, et le diabète lui-même est un facteur de risque connu de déclin cognitif. Démêler les deux reste délicat.

Les auteurs appellent à confirmer ces résultats et à comparer avec d'autres alternatives au sucre, comme le miel ou le sirop d'érable [2]. Les édulcorants autorisés en Europe restent considérés comme sûrs aux doses admises par les autorités sanitaires. Cette étude est donc un signal à suivre, pas une raison de paniquer.

Le goût sucré, les envies et nos habitudes

Au-delà de la question du cerveau, cette étude rappelle une idée clé en psycho-nutrition : remplacer le sucre n'est pas la même chose que réduire le goût sucré.

Le goût sucré est associé au plaisir et au réconfort. Beaucoup d'entre nous y recourent en fin de journée, face au stress ou à la fatigue. Un édulcorant entretient cette habitude : le palais reste habitué à une saveur très sucrée, et les aliments naturellement peu sucrés peuvent paraître fades.

La bonne nouvelle, c'est que cette préférence n'est pas figée. En réduisant progressivement les apports, la plupart des personnes s'habituent à des saveurs moins sucrées en quelques semaines. Inutile pour autant de diaboliser un aliment : une règle rigide du type « plus jamais de sucre » peut renforcer les envies et favoriser les écarts.

Réduire le sucre sans le remplacer systématiquement

1. Diminuer progressivement

Dans le café, le thé ou le yaourt nature, réduisez la dose de sucre ou d'édulcorant de moitié, puis encore de moitié une ou deux semaines plus tard. Le palais s'adapte en deux à trois semaines environ.

2. Repenser les boissons

Privilégiez l'eau, l'eau pétillante, les infusions ou une eau aromatisée maison (citron, menthe, concombre). Les sodas, sucrés ou « zéro », restent des boissons occasionnelles. Pour aller plus loin : l'hydratation et le cerveau.

3. Miser sur la douceur naturelle

Un fruit frais, de la cannelle, de la vanille ou un peu de compote sans sucre ajouté apportent de la saveur sans édulcorant.

4. Lire les étiquettes

Repérez les codes E950, E951, E954, E967, E968 ou E420, ainsi que les mentions « light », « sans sucres ajoutés » ou « zéro ». Vous saurez ce que vous consommez vraiment.

5. Écouter ce que cache l'envie de sucré

Si l'envie arrive surtout avec le stress, l'ennui ou la fatigue, une courte pause, une marche ou un vrai repas équilibré répondent parfois mieux au besoin du moment.

Vous êtes diabétique ? Les édulcorants peuvent faire partie de votre stratégie pour gérer votre glycémie. Ne changez rien sans en parler à votre médecin ou à votre diététicien.

En conclusion

Cette étude ne condamne pas les édulcorants, mais elle bouscule une idée reçue : les produits « zéro » ne sont pas une solution santé en soi. Plutôt que de chercher le substitut parfait, le levier le plus prometteur est de réapprendre au palais à apprécier des saveurs moins sucrées, à son rythme et sans culpabilité.

Références
  • Gonçalves, N. G., Martinez-Steele, E., Lotufo, P. A., Bensenor, I., Goulart, A. C., Barreto, S. M., Giatti, L., de Faria, C. P., Molina, M. del C. B., Caramelli, P., Marchioni, D. M., & Suemoto, C. K. (2025). Association between consumption of low- and no-calorie artificial sweeteners and cognitive decline: An 8-year prospective study. Neurology, 105(7). https://doi.org/10.1212/WNL.0000000000214023
  • American Academy of Neurology. (2026, 29 octobre). Six popular sugar substitutes linked to faster brain aging. ScienceDaily. https://www.sciencedaily.com/releases/2026/10/261028234238.htm

Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.