Le 10 septembre 2026, SudInfo a consacré un article au microbiote intestinal, dans sa rubrique consacrée à la recherche. Le journaliste Vincent Liévin y donne la parole à deux spécialistes belges du sujet : le Pr Patrice Cani, de l'UCLouvain, qui a reçu cette année le Prix Francqui-Collen (souvent présenté comme le « Nobel belge »), et Amandine Everard, maître de recherches FNRS dans la même université. Voici ce qu'il faut en retenir.
Un écosystème qui dialogue avec nos cellules
Notre intestin abrite des dizaines de milliers de milliards de micro-organismes : surtout des bactéries, mais aussi des virus et des levures. Cet ensemble, longtemps appelé « flore intestinale », forme le microbiote. Pour Patrice Cani, ces micro-organismes ne sont pas de simples passagers : ils « dialoguent avec nos cellules », et ces échanges contribuent à prévenir certaines maladies. Ils vivent en symbiose avec nous et participent à façonner notre système immunitaire dès la naissance.
Ce qui fragilise notre microbiote, et ce qui le protège
Ce fragile équilibre peut être perturbé par le manque de sommeil, le stress et certaines maladies. L'article cite notamment l'obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires.
Le message d'Amandine Everard est clair : il n'existe pas de solution miracle. Une alimentation variée et saine et une activité physique régulière vont de pair. Négliger l'un de ces facteurs, même en soignant les autres, limite les bénéfices attendus.
L'axe intestin-cerveau : de la faim aux comportements alimentaires
Un des champs de recherche les plus actifs concerne l'axe intestin-cerveau. Certaines substances produites par les bactéries (les métabolites) participent à réguler la faim et la satiété. L'intestin communique avec le cerveau par plusieurs voies : des voies nerveuses, dont le nerf vague, mais aussi le système immunitaire.
Les chercheurs s'intéressent aussi à la neuro-inflammation, une inflammation du cerveau que le microbiote pourrait influencer. Elle peut perturber la transmission des signaux entre les neurones et intervient dans des troubles des conduites alimentaires comme l'anorexie ou l'hyperphagie boulimique. L'équipe a montré que le microbiote joue un rôle important dans les dérèglements du « système de la récompense » observés dans l'obésité.
Aliments ultra-transformés : un cercle vicieux
L'article donne un exemple concret. Les aliments transformés, riches en sucre et en graisse, stimulent fortement le système de la récompense. À force d'être surstimulé, celui-ci fonctionne moins bien, et il faut en manger davantage pour retrouver le même plaisir.
Ces travaux éclairent aussi l'échec de certains régimes. Selon Patrice Cani, même après une perte de 10 % du poids corporel, le système de la récompense d'une personne souffrant d'obésité reste perturbé : les études montrent qu'il est encore altéré après trois mois de régime. L'objectif de l'équipe est maintenant d'identifier les bactéries qui pourraient moduler le microbiote de manière bénéfique, pour prévenir ou traiter l'obésité et certains troubles des conduites alimentaires.
Ces pistes sont prometteuses, mais il s'agit encore de recherche. Agir sur le microbiote pour soigner l'obésité ou les troubles alimentaires n'est pas possible aujourd'hui, et aucun probiotique ne remplace une prise en charge médicale ou psychologique. Si vous êtes concerné·e par un trouble du comportement alimentaire, parlez-en à votre médecin ou à un professionnel spécialisé.
Une grande étude sur le microbiote en Wallonie et à Bruxelles
Dans un second article publié le même jour, SudInfo présente le projet que Patrice Cani lance grâce au Prix Francqui-Collen : constituer et suivre une cohorte d'environ 1 500 personnes en Wallonie et à Bruxelles. La Flandre, la France ou l'Allemagne disposent déjà de grandes cohortes de ce type ; il s'agit de rattraper ce retard.
Particularité du projet : inclure des personnes en situation de précarité, habituellement absentes de ces études. L'équipe croisera des échantillons de microbiote, les habitudes alimentaires et des questionnaires de santé mentale, avec l'appui des sites de l'UCLouvain à Mons et Charleroi, de plusieurs facultés et d'acteurs de terrain (CPAS, maisons médicales, pharmacies, médecins généralistes). Le but : obtenir une cartographie inédite, utile aux politiques de santé publique.
La vidéo de SudInfo
Ce que l'on peut faire dès aujourd'hui
1. Varier son assiette
Légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, oléagineux : plus l'alimentation est variée et riche en fibres, plus elle nourrit la diversité des bactéries intestinales. Les aliments ultra-transformés, eux, sont à limiter.
2. Bouger régulièrement
L'activité physique fait partie des facteurs cités par Amandine Everard. Inutile de viser la performance : la régularité compte davantage.
3. Prendre soin de son sommeil et de son stress
Manque de sommeil et stress font partie de ce qui peut affaiblir le microbiote. Ce sont aussi des leviers sur lesquels on peut agir au quotidien.
Pour aller plus loin : le microbiote en détail
Qui sont ces bactéries dont on parle tant ? Saviez-vous que la majorité des espèces bactériennes de notre intestin n'ont jamais été cultivées en laboratoire ? Que deux bactéries très étudiées, Akkermansia muciniphila et Dysosmobacter welbionis, ont été mises en lumière par des équipes belges ? Et que l'une d'elles est déjà vendue comme complément alimentaire, tandis que l'autre intrigue pour son lien possible avec le stress ?
Nous avons consacré un article complet à ce sujet : ce que l'on sait vraiment, ce qui relève encore de la recherche, et ce que cela change (ou pas) dans votre assiette.
- Vincent Liévin, « Comment mieux protéger notre intestin pour prévenir les maladies ? », SudInfo, 10 septembre 2026 : sudinfo.be
- V. Li., « Améliorer la santé de la population en comprenant le lien entre alimentation et santé mentale », SudInfo, 10 septembre 2026 : sudinfo.be
- « Le microbiote intestinal en détail : voyage au cœur d'un écosystème encore largement inconnu », Psycho-Nutrition : psycho-nutrition.be
Cet article a une visée informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.